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dimanche 13 mars 2016

Verticale de Gewurztraminer, Hugel (2004, 2005, 2006, 2007)


C'était novembre. Il faisait gris. Il paraît que la température peutinfluencer notre humeur...mais on peut toujours trouver le soleil encapsulé dans une bouteille. Prendre un verre en bonne compagnie, accompagné d'une bouchée, fait vite oublier le crachin dans l'air.

Il y avait plus d'un verre cette fois-là...c'est peut-être un antipode à Éduc'alcool (désolé, leur mission est pleine de sagesse), mais comme un autre sage aurait dit: «La modération a bien meilleure goût» surtout en modération. Nous étions loin de la civilisation. Nous avions la forêt endormie comme toile de fond. Nous avions l'isolement. Et nous avions amené une expérience: une verticale d'un vin qu'on apprécie déjà, le 'simple' Gewurztraminer de Hugel. Il y a une beauté dans la simplicité, sauf qu'il y a ici paradoxe. L'apparente simplicité cache une beauté complexe...

Nous avions devant nous les millésimes 2007, 2006, 2005 et 2004 (on peut voir les différences de couleur de gauche à droite respectivement sur la photo ici-bas).



Aucun vin n'était bouchonné ou semblait déceler un quelconque défaut.

Le 2004 est peut-être sur le déclin. Quoique l'équilibre est préservé et la rondeur typique du cépage est encore bien présente. Il démontre un nez très légèrement pétrolé et offre tout de même une évolution intéressante à l'aération. Il fut agréable.

Le 2005 quant à lui offre une particularité de fleurs sauvages au nez. Il y a une petite note toastée en bouche et il est plus fin et délicat. Très agréable.

Le 2006 démontre le caractère le plus 'moelleux' des quatre. Il a un nez plus gras et la bouche suit. Je dirais qu'il s'approche du caractère du pinot gris avec un clin d'oeil aux vendanges tardives – il serait intéressant de comparer les conditions de culture et vendanges entre les années. L'acidité demeure tranchante ce qui le maintient en parfait équilibre et fait de celui-ci le plus charmeur des quatre selon moi.

Le 2007 est le plus contemporain et affiche une bouche racée avec une droiture plus affirmée et lui aussi une belle acidité mais d'avantage de 'tension', probablement dû à son âge.

Ils étaient tous bons. Nous les avons dégustés avec quelques bouchées de saumon fumé du Fumoir du Coteau; un accord fantastique et incontournable.

La conclusion de cette belle expérience est qu'on peut se procurer beaucoup de plaisir à suivre l'évolution d'un vin qu'on aime à prix raisonnable quand le cépage, le terroir et la production sont de qualité. 

C'est un secret de polichinelle aussi que les blancs vieillissent en fait très bien en cave, surtout ceux de l'Alsace. J'ai en fait plus de confiance pour la garde des vins blancs (vs. Rouges). Le millésime 2013 est présentement sur les tablettes de la SAQ à $20,95 CDN. Il n'y en a pas toujours beaucoup n'importe où, donc je suis content de ne pas avoir des milliers de lecteurs ;-)


Pour la constance du bonheur qu'il procure à ce ratio qualité-prix:




P.S. Le gewurztraminer est un cépage qu'il faut apprivoiser. Les styles varient beaucoup et certains peuvent être assez exhubérents. Ils peuvent même être 'agressants' ou 'tannants' pour certain. Le style plus droit et sec maitrisé par Hugel le distingue selon moi. Les gouts du vin demeurent une préférence. Il n'y a rien d'absolu dans ce monde...

samedi 13 décembre 2014

Saint-Benoit, Grande Garde, 2000 & 2001


Il est facile pour une âme de se perdre dans notre proto-civilisation si rationalisée...'platonisée'.

Il est donc nécessaire parfois de s'arrêter pour contempler les choses d'un autre angle temporel. Car on ne peut que contempler le fil et le comprendre vraiment, que quand on arrête de le poursuivre vraiment. Pour moi il y a la 'chasse'...La chasse : des bulles de bonheur dans un microcosme. Que de bons souvenirs. Mais qu’est-ce que signifie la chasse pour un chasseur sans fusil? Je vais vous le dire mais c'est un secret: De grands mets et vins en bonne compagnie.

Une petite fenêtre donc sur un grand vin: le Saint-Benoit.

Le domaine Saint-Benoit fut créé en 1989 en Chateauneuf du Pape par trois anciennes familles viticultrices. C'est un des rare domaine cultivant les 13 cépages de l'appellation. Ces cépages sont vinifiés séparément. Les rendements sont faibles (relatif à la moyenne nationale) à 35 hectolitres par hectare.

Le contenu des 2 bouteilles possédait un fruité fin et intense avec prédominance sur un thème de cerise et une note de réglisse même. C'était de la dentelle en bouche...

Le 2001 offrait une légère pointe d'amertume en finale qui s'estompait en mangeant (le magrais de canard). Fruité et floral, le bouquet était intense. Il restait un peu de tannins, donc une capacité de vieillir encore un peu.

Le 2000 était plus fin et délicat, entièrement développé, fondu et mature. D'une douce caresse en bouche, il élevait le moment et le repas aux plus hautes strates gastronomiques. Ce sont ces vins d'exception qui permettent d'apprécier pleinement toute la patience requise au vieillissement en cave...une note parfaite assurément mais la SAQ ne tient plus ce vin malheureusement.


Combien de gens donc aujourd'hui prennent le temps de s'agenouiller - au sens figuré - face à la trivialité de n'importe quel moment? Sont-ils capable de s'émerveiller au contexte physique permettant aux multiples espèces, dans une symphonie évolutionnaire, de former le décor d'une vie? d'un jour? d'une minute? d'une seconde. Comment ne pas s'émerveiller au goût exquis d'un vin noble, développé d'un art ancien, et marié à un repas tout aussi complexe dans ses ramifications; l'expression d'un être ayant une sensibilité rare à tous ces éléments et dansant sur une musique que la complexité elle-même a crachée d'un poète privilégié...

'Dieu' n'existe peut-être pas et dans ce cas, le bruit de l'Univers est une symphonie à qui sait 'écouter'.